Historique

Le 26 novembre 1924 était créé à Londres l’International Lawn Tennis Club of Great-Britain. Son fondateur, Wallis Myers, titulaire depuis de nombreuses années de la rubrique "Tennis" du Daily Telegraph, ancien joueur, souhaitait favoriser la restauration des valeurs d’amitié entre les nations. Il avait donc pensé qu’un club permettrait de renforcer les liens entre les jeunes champions de tennis tout en facilitant leur accueil en Grande-Bretagne. Il était soutenu dans ce projet aussi bien par Dwight Davis que par Lord Balfour, le père de l’Entente Cordiale. Dès juin 1925 l’I.L.T.C. de Grande-Bretagne recevait, à la veille de Wimbledon, tous les participants à la prestigieuse épreuve ; les meilleurs joueurs britanniques et quelques champions étrangers nommés membres d’honneur arboraient pour la première fois la cravate aux couleurs du nouveau club : gris acier avec une raie rose.

          L’I.L.T.C. de Grande-Bretagne comptera bientôt soixante-quinze membres et vingt membres d’honneur dont les capitaines des équipes de Coupe Davis ainsi que les meilleurs joueurs venus des Dominions ou de l’étranger ayant joué en Grande-Bretagne. Mais les dirigeants du club anglais comprirent vite que promouvoir le fair-play, l’esprit de camaraderie sportive, la compréhension internationale ne serait possible que si se développaient dans d’autres pays des clubs ayant le même objet et les mêmes valeurs.

          Les Mousquetaires dominant alors le tennis mondial, c’est à la France - sous l’impulsion de Jean Borotra aidé de René Lacoste et Jacques Brugnon  -  qu’échut le privilège de créer le second I.C. le 24 juillet 1929. Présentant le nouveau club, Jean Borotra insistait sur le fait que les I.C. doivent également renforcer les liens entre les joueurs qui sont encore "dans la carrière" et ceux qui n’y sont plus. Le nouveau club réunit rapidement une cinquantaine de membres (75 en 1939). Son Comité de Direction était composé des joueurs les plus prestigieux du tennis français. La nomination comme Président d’Honneur d’Albert Canet, Président de la Fédération Française de Lawn-Tennis, illustrait ce qui sera un souci constant de l’I.L.T.C.F., rester en symbiose étroite avec les instances officielles du tennis.

          Après six années d’interruption dues à la guerre, les différents I.C. décidèrent de reprendre leurs activités mais également de se structurer. En 1948 les Présidents des trois plus anciens clubs (Grande-Bretagne, France et États-Unis) prirent l’initiative de créer un Council des International Clubs. Chargé d’entretenir l’idéal des I.C. partout dans le monde, il devrait se prononcer sur la création de tout nouvel I.C.. Un an plus tard sera approuvée la création du sceau des I.C. dont la devise symbolise l’idéal du tennis international : Benevolentia (bienveillance, générosité), Virtus (valeur, courage), Amicitia (amitié), Aequitas (équité, justice). Lors de la création du Conseil des I.C., le représentant permanent de l’I.L.T.C.F. sera Jean Borotra. Il sera remplacé par Jacques Brugnon puis par Robert Abdesselam et depuis 2004 par Pierre Darmon. En 1996 les instances dirigeantes du Conseil se sont étoffées et un second français, Thierry Pham, y siège comme membre coopté.

          Sans jamais s’éloigner de la vie de l’I.L.T.C.F., Jean Borotra en quittera la présidence en 1963. Bernard Destremau lui succédera puis Jacques Brugnon et Marcel Bernard. Lors de l’Assemblée Générale du 10 novembre 1976, Henri Cochet acceptera de prendre la présidence "à condition qu’un gros effort soit fait pour rajeunir, rénover et moderniser l’I.L.T.C.F.". Regroupant à son origine l’élite du tennis amateur, le club se heurtait en effet à un problème de recrutement car de plus en plus de joueurs de haut niveau optaient pour le professionnalisme - officiel ou inavoué -, ce qui les rendaient quasi indisponibles pour des compétitions amateurs et privait le club du rajeunissement nécessaire.

          Henri Cochet prit immédiatement deux mesures importantes. Tout d’abord il réorganisa et renouvela la composition du Comité de Direction, s’appuyant sur deux vice-Présidents qui lui succéderont d’ailleurs à la Présidence - Christian Boussus et Robert Abdesselam - et sur un dynamique Secrétaire général, Benny Berthet, remplacé à sa mort, en 1981, par Henry Zalzal à qui succéderont Gérard Rebut, Guy Schram, Jean-Pierre Cartier et actuellement Patrice Beust.

Surtout, il fit approuver à une large majorité "l’admission des joueuses et anciennes joueuses internationales au sein du Club". Deux places au Comité leur furent réservées. Premier à ouvrir ses portes aux femmes, le Comité conditionna l’admission au fait d’être ou d’avoir été championne de France dans une catégorie (bientôt élargie aux titulaires de titres internationaux). En 1978 quatorze joueuses étaient membres actifs de l’I.L.T.C.F.. Elles seront 40 vingt ans plus tard, et 89 à ce jour. Deux femmes feront partie du Comité dès 1978, dont Jacqueline Kermina, vice-Présidente jusqu’à son décès en 1995, seule femme à avoir fait partie du Bureau jusqu’à l’arrivée de Gail Benedetti et Isabelle Crudo en 2008.

          Pour préparer l’avenir, Henri Cochet lança l’idée de l’admission de "membres jeunes", projet qui sera concrétisé sous la présidence de Christian Boussus.  Les "grands voyages" renforcèrent les liens sportifs et amicaux avec les membres d’autres I.C.. Ainsi, lorsqu'en 1979, l’I.L.T.C.F. fêta son cinquantième anniversaire, seize nations s’affrontèrent sur les courts du Cercle du Bois de Boulogne, venues d’Europe mais aussi d’Australie, de Nouvelle-Zélande, d’Inde, d’Argentine, des États-Unis. Elles seront dix-neuf lors de la célébration du soixante-quinzième anniversaire, à Roland-Garros en juillet 2004.

          Henri Cochet quitta la présidence en 1983. Lui succédèrent, chacun pendant une décennie, Christian Boussus, puis Robert Abdesselam qui passera le flambeau à Pierre Darmon en 2004. Tous trois œuvreront dans les directions tracées par leurs prédécesseurs : s’efforcer d’accroître les effectifs de l’I.L.T.C.F., de rajeunir et diversifier le recrutement sans céder sur le niveau de qualification tennistique des membres. De 170 (membres actifs, membres d’Honneur et membres honoraires) en 1980, ils passeront à 202 en 1990, 215 en 2000 et 276 à ce jour. Une inquiétude demeure cependant : la difficulté d’attirer et de garder des membres jeunes comme de faire comprendre aux jeunes retraités du circuit professionnel l’intérêt qu’ils auraient à retrouver dans des rencontres amicales leurs anciens adversaires-amis. Il était également devenu nécessaire de mieux adapter les statuts à notre époque. L’Assemblée Générale de 2007 a entériné quelques simplifications, l’introduction de certaines modifications et - non sans une certaine nostalgie -, l’abandon du terme "Lawn" dans notre sigle. L’I.L.T.C. de France est ainsi devenu l’I.T.C. de France.

          Ensuite maintenir une bonne participation (et le succès !) des membres de l’I.T.C.F. aux rencontres organisées par les I.C.. Problème d’autant plus délicat que le nombre des compétitions s’est multiplié. Certaines de caractère mondial comme les semaines des I.C. couronnées par le Windmill Trophy, le Columbus Trophy (réservé aux classes d’âge 55+ et 65+), le Mercelis Trophy destiné aux joueuses, la coupe Potter épreuve officielle pour vétérans, et d’autres plus restreintes mais riches de tradition comme les deux rencontres annuelles entre les I.C. de France et de Grande-Bretagne jouées depuis 1929 sans autre interruption que les années de guerre. La 150ème rencontre, en juin 2010, a eu un faste particulier : disputée sur les courts d’Egbaston à Birmingham et de St George’s Hill à Waybridge, près de Londres, elle s’est prolongée par une invitation au bal traditionnel réunissant tous les membres des I.C. présents à Londres avant Wimbledon ainsi qu’à la première journée du tournoi. En 2006 l’I.T.C.F. a créé la seule épreuve exclusivement féminine à ce jour, la coupe Kermina. Enfin l’année 2009 a vu la naissance du Trophée Robert Abdesselam, fondé par les I.C. de France, de Belgique et d’Espagne. Quatre équipes mixtes vétérans, celles des trois clubs fondateurs plus un club invité se rencontrent dans une poule pendant trois jours.

          Enfin, renforcer les liens amicaux personnels entre membres français et étrangers : depuis 1985 le Président de la F.F.T. et celui de l’I.T.C.F. invitent tous les membres des I.C. présents à Paris à l’occasion des Internationaux de France à un cocktail à l’atmosphère toujours chaleureuse. L’initiative d’Henri Cochet d’organiser des "grands voyages" d’une quinzaine de jours permettant à des membres de l’I.T.C.F. (joueurs et accompagnateurs) de rencontrer une ou plusieurs équipes d’autres I.C., tout en visitant des pays dans des conditions privilégiées s’est poursuivie par des périples très réussis, tant sur le plan amical que sportif et culturel, en Inde, en Louisiane, en Floride et au Mexique. Un groupe de joueurs s’est rendu en 2008 à Philadelphie et à Washington à l’occasion de rencontres avec l’I.T.C. des États-Unis, puis des Trophées Windmill, Mercelis et Columbus. En 2009, une équipe de l’I.T.C. de France a participé au Trophée Columbus à Tokyo.
De la sorte, l’International Tennis Club de France s’efforce de rester une belle et amicale structure d’accueil pour tous ceux, jeunes ou moins jeunes, qui entendent continuer à jouer en compétition dans les meilleures conditions possibles tout en conservant au tennis ses valeurs traditionnelles.
 
Janine BOROTRA


Jean BOROTRA qui créa l'ILTC de France en 1929